WADO-RYU Citations et Code moral

lundi 22 janvier 2007

Citations :

Otsuka a dit "En défense et en attaque l’utilisation du poids et des mouvements de votre adversaire joue le même rôle dans la défaite de ce dernier que votre propre poids et vos propres mouvements."

Code moral :

Le coeur : c’est l’harmonie de la vie des hommes
La courtoisie : c’est cultiver le respect de l’être humain
La générosité : c’est être dévoué et désintéressé
L’humilité : c’est de toujours garder l’esprit débutant
La loyauté : c’est de faire face sans tricher, ni déguiser sa pensée. C’est la rectitude du corps et de l’esprit
L’amitié : c’est le plus pur des sentiments
Le courage : c’est de s’engager pour une cause en surmontant sa peur
La dignité : c’est de rester soi-même dans la défaite comme dans la victoire
La sincérité : c’est s’exprimer avec son coeur et non avec son mental
La sérénité : c’est rester calme et lucide quand monte la colère
L’honneur : c’est respecter ses engagements jusqu’au bout
La persévérance : c’est la parfaite compagne du pratiquant

Les 20 Préceptes du karaté :


- Il ne faut pas oublier que le karaté commence et fini par le salut
- En karaté on ne prend pas l’initiative de l’attaque
- Le karaté est un complément de la justice
- Connais-toi d’abord toi même, ensuite connais les autres
- En art, l’esprit importe plus que la technique
- L’important est de garder son esprit ouvert vers l’exterieure
- Le malheur provient de la paresse
- Ne pense pas que l’on fasse du karaté seulement dans le dojo
- L’entraînement en karaté se poursuit tout au long de la vie
- Vois tous les phénomènes à travers le karaté et tu trouveras la subtilité
- Le karaté est comme l’eau chaude, elle refroidie dès qu’on cesse de la chauffer
- Ne pense pas à gagner, mais à ne pas perdre
- Change selon ton adversaire
- L’essentiel en combat est de jouer sur le faux et le vrai
- Considère les membres de l’adversaire comme autant de sabres
- Dès qu’un homme franchit la porte d’une maison, il peut se trouver face à un millions d’ennemis
- Prends la garde comme un débutant, ensuite tu peux te tenir naturellement
- Il faut exécuter correctement les katas, ceux ci sont différents du combat
- N’oublie pas la variation de la force, la souplesse du corps et le rythme dans les techniques
- Pense et élabore toujours

Me Gichin Funakoshi

Les écrits sont une source inestimable d’informations pour qui veut comprendre l’histoire et l’évolution d’un phénomène. Les Arts martiaux en tant que phénomène de société ont été racontés et expliqués dans de nombreux textes. Malheureusement, pour la majorité d’entre eux, en langues étrangères. Il est donc intéressant que les pratiquants puissent y avoir accès. C’est la raison pour laquelle nous nous efforcerons, autant que possible, de publier des traductions d’un certain nombre de textes afin de permettre à nos lecteurs d’aller directement à la source sans passer par des commentaires qui souvent dénaturent le sens des écrits. L’extrait que nous publions ce mois-ci provient d’un ouvrage « l’Encyclopédie des Arts Martiaux ». Il traite de l’apport d’une des très grandes figures du karaté, le maître Otsuka, aujourd’hui décédé. Texte de Kenji Tokitsu.

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Otsuka

Dans les articles précédents j’ai commencé à montrer dans quelles conditions le karaté s’est développé au Japon au cours de la première moitié du XX° siècle et quelles influences l’ont traversé. Pour compléter les informations données dans l’article précédent, je résumerai et traduirai en partie le chapitre consacré à H. Otsuka dans l’ « Encyclopédie du Budo japonais », col. III.

Karaté et budo

« Otsuka a reçu le diplôme de Shinto-Yoshin-ryu (jujutsu) en juin 1920, 15 ans après avoir débuté. Il avait alors 29 ans. Il n’avait cependant travaillé sérieusement avec son maître, Nakayama, que pendant 5 années... « Ayant commencé à travailler dans une banque en 1916, il la quitta en 1921 et prit la profession de rebouteux afin de consacrer le plus de temps possible à ses recherches en Arts Martiaux. De ce fait, il ne réussit pas très bien dans sa nouvelle profession. »
« Il entend parler du karaté-jutsu en 1922 par un de ses amis, Ito. ». « D’après Ito, maître Kaho de Kodokan avait invité un karatéka nommé Gichin Funakoshi pour une démonstration. Il pensa alors que celui-ci devait être un expert puisque maître Kano l’avait invité... Otsuka demanda immédiatement à lto de trouver l’adresse de Funakoshi ». « C’est ainsi que Otsuka a rendu sa première visite à Funakoshi en 1922 comme nous l’avons vu plus haut dans les souvenirs de Otsuka. Voici une relation plus détaillée de cette visite ». « Funakoshi expliqua avec passion à Otsuka ce qu’était le karaté. Selon Funakoshi, il était possible d’apprendre la plupart des kata en 5 ans, pour quelqu’un qui n’avait aucune expérience du Budo, et en 2 ans pour celui qui avait déjà pratiqué quelque Budo. La progression au-delà dépendrait de la qualité d’entraînement de chacun. Mais Funakoshi semblait avoir reçu un grand choc en assistant à l’entraînement de Kodokan (Dojo de judo fondé et dirigé par J. Kano) dont la dureté dépassait largement ce qu’il avait imaginé. Car il dit que l’entraînement de karaté-jutsu était dérisoire par rapport à l’entraînement des adeptes des arts martiaux de Hondo et qu’il semblait peu probable qu’ils se satisfassent de karaté-jutsu ». « Funakoshi est monté à Tokyo pour diffuser le karaté à Hondo mais il semble être devenu très pessimiste après avoir assisté à l’entraînement de Kodokan. Toutefois Otsuka, qui - depuis déjà 17 ans - avait expérimenté la dureté de l’entraînement pratiqué à Hondo, trouvait normal l’entraînement du Kodokan. Le but était d’apprendre dans le karaté des éléments dont le Budo de Hondo manquait et de les absorber dans sa recherche de Budo... »
Dans cette longue citation, j’ai souligné les points qui me semblaient mériter réflexion. En effet, le karaté d’Okinawa n’a pas été présenté au début dans la partie centrale du Japon comme les Chinois ont présenté leur art aux habitants d’Okinawa.
La Chine était infiniment plus puissante, plus riche culturellement que l’île d’Okinawa, l’apprentissage et la transmission de l’art de combat s’inscrivaient dans l’acquisition d’une culture dominante, Or, au début du XX° siècle, le karaté d’Okinawa se présente par rapport au Budo comme l’art de la province la plus éloignée. Transmettre celui-ci présentait la même difficulté que de remonter de l’aval vers l’amont un fort courant. Car le niveau des arts martiaux japonais à la fin de l’époque féodale était tel que 50 ans après, au début du XX° siècle, il représentait encore une qualité impressionnante pour les nouveaux venus. Le judo avait été formé avec la modernisation du Japon au prix d’un énorme effort de J. Kano et de ses disciples. Ce n’est donc pas sans raison que G. Funakoshi rencontrant le mode d’entraînement du judo de l’époque a été impressionné, d’autant plus qu’il était un homme sincère et honnête. Seul représentant de l’art local de sa région, Funakoshi est certainement passé par une période pénible et a connu des doutes sur la valeur du karaté par rapport à ce Budo japonais édifié avec tant de concentration et d’énergie. Pourquoi et comment a-t-il pu dire qu’on peut apprendre tous les kata en deux à cinq années alors qu’il les avait lui-même appris en une quarantaine d’années ?

Les kata et le combat

« Funakoshi expliqua à Otsuka qu’il connaissait 15 kata et Otsuka les apprit de lui en un an et demi. » « Otsuka, après avoir appris les 15 kata, jugea qu’il existait dans chaque kata des éléments inapplicables en combat. Pour résoudre cette contradiction, il décida d’aller lui-même étudier à Okinawa. » Or, avant son départ, « au mois de mars, on annonça qu’une démonstration de Budo aurait lieu en mai au Dojo du Palais Impérial et que, sur la recommandation de J. Kano, le karaté-jutsu allait y participer (...) Apprenant cette nouvelle, Funakoshi voulut tout d’abord renoncer à participer à cette démonstration. Otsuka était d’avis contraire et insista pour qu’il y participe, disant que ce serait une réponse positive à maître Kano qui les avait tant aidés, que de montrer la véritable valeur de karaté-jutsu devant des adeptes de Budo. » « Mais montrer seulement les 15 kata aurait été insuffisant. En tant que Budo il était nécessaire de montrer une forme du combat (...) C’est alors qu’Otsuka renonça d’aller à Okinawa et commença à élaborer des katas de combat en fusionnant le jujutsu traditionnel et le karaté-jutsu. » Otsuka exécuta une démonstration contre des attaques de sabre et « c’est à partir de cette démonstration que la réputation d’Otsuka commença à précéder celle de Funakoshi. »
Nous pouvons facilement imaginer les points de conflit qui commencent à se dessiner. Rappelons ici le témoignage de Konishi.
Après cette démonstration, nombre d’étudiants universitaires s’initièrent au karaté et « ce fut grâce à J. Kano que le karaté put se développer parallèlement au judo sans aucun conflit avec celui-ci ». En effet, l’on sait qu’après la mort de J. Kano, G. Funakoshi soulevait son chapeau chaque fois qu’il passait en tramway devant le Kodokan.
Nombre de judokas de cette époque fréquentaient les dojos de karaté nouvellement créés dans certaines universités à Tokyo, ouvrant ainsi de grandes possibilités au karaté. C’était en contrepartie un lourd poids à assumer car il fallait affirmer une qualité satisfaisante par rapport au judo et autres arts martiaux. Par exemple, si G. Funakoshi montrait certaines techniques de projection ou de saisie à partir des kata de karaté, cela n’était pas forcément convaincant pour les adeptes du judo ou du jujutsu qui étaient sur ce point plutôt en avance par rapport au karaté et dont l’entraînement était, comme le dit Funakoshi, nettement plus poussé que celui du karaté d’Okinawa.
Bref, si, à la différence d’adeptes comme Motobu, Funakoshi a reçu l’aide d’un maître tel que Kano, il avait en même temps à assumer le poids de la relation maître-élèves avec des judokas confirmés, ce qui n’allait pas sans problèmes.
Toujours selon l’encyclopédie du Budo :
« En 1928, Otsuka rencontra, au dojo de Konishi à Shiba, K. Mabuni qui venait de monter à Tokyo.
Dès leur rencontre, Otsuka lui demanda des explications sur des passages de kata incompréhensibles du point de vue martial car K. Mabuni était versé en Shuri-té et en Naha-té. Alors, dès que Mabuni vit le PinanShodan exécuté par Otsuka, il lui indiqua qu’il y avait des fautes dans ce kata et il lui montra minutieusement les cinq kata de Pinan. C’est ainsi que Otsuka commença à rectifier les kata de Pinan qu’il avait appris de Funakoshi qui lui-même n’en avait pas reçu une transmission correcte.

Ce fut une année après qu’arriva, au dojo de Konishi, Motobu qui était renommé comme adepte du combat. Bien que Motobu fût fort en combat, il n’était pas extraordinaire en kata. Sur ce point, la critique de Funakoshi « Motobu ne connaît pas le karaté » serait justifiée. Quant à Motobu, qui semblait être vexé d’une telle critique, il amena un élève 4° Dan de judo au dojo de Konishi. Suivant ses consignes, cet élève prit Funakoshi par son col et sa manche. Motobu dit alors à Funakoshi « montre moi maintenant si ton kata de base dont tu es fier est valable ou non. Tu pourras faire tout ce que voudras, donner des coups de poing ou de pied. » Funakoshi avait alors 60 ans, de plus il était petit et peu puissant. Il était donc ridicule de se battre contre un jeune judoka puissant en se laissant prendre dès le début. Or, Funakoshi était sérieux et sincère, au lieu de refuser ce combat, il essaya avec toutes ses forces de se dégager en Soto-uke et en Uchi-uke. Mais cela n’eût aucune efficacité contre son adversaire, il fut soulevé et plaqué contre le mur de bois. Après un moment de scène comique, Motobu demanda à Otsuka qui était présent : « Qu’est-ce que tu ferais ? Essaie un peu sans réserve. » Otsuka accepta volontiers. Si dans les arts martiaux, la force physique détermine l’issue du combat, l’entraînement n’a pas de sens. L’essentiel est de dominer l’adversaire en détournant sa force.
Motobu tenait pour primordial le combat et il insistait sur le fait qu’il n’appréciait les kata de base que s’il y avait efficacité pour le combat. Même si les gestes et les formes sont beaux, ce type d’entraînement n’a aucune valeur s’il ne permet pas de gagner au combat... »
L’auteur explique ensuite qu’Otsuka ayant longtemps travaillé le Ju jutsu, il lui avait été facile de projeter son adversaire et que Motobu, devant cette efficacité, décida d’apprendre le Ju jutsu sous sa direction.
H. Otsuka fonda en 1934 son dojo personnel et nomma plus tard son école Wado-ryu. Cette école est habituellement considérée comme une branche du Shoto-kan. Un examen attentif des kata que l’on y pratique permet de les situer entre ceux du style Shotokan « classique » et ceux du Shito-ryu. Il ressort des textes que nous avons cités que cette situation provient des rectifications qu’Otsuka a apportées, après sa rencontre avec Mabuni, aux kata qu’il avait appris de Funakoshi. Bien que j’ai cité ci-dessus des passages de l’Encyclopédie du Budo, celle-ci me semble trop partiale dans les descriptions concernant Funakoshi et Otsuka. Cependant, cette encyclopédie est l’ouvrage d’ensemble le plus récent publié au Japon sur les arts martiaux et repose sur un travail de documentation intéressant.
En dévoilant ainsi peu à peu l’arrière plan de la transmission du karaté, l’image de G. Funakoshi des autres maîtres de cette époque, se détache du sacré et devient plus proche. En même temps se dessinent les déterminations qui ont pesé sur la transformation des techniques et des modes d’entraînement du karaté juste avant la grande période de diffusion de celui-ci.

La pratique actuelle des kata

Bien que le sens étymologique du terme kata soit souvent traduit par moule ou forme, un kata n’est viable que si, sous son apparente rigidité, il véhicule un contenu dynamique applicable en combat. C’est justement sur cet aspect qu’a porté la première critique faite par Otsuka aux kata qu’il avait appris de G. Funakoshi et c’est en cherchant à en approfondir le contenu qu’il a été amené à en modifier la forme. Toutefois qu’il s’agisse de Wado-Ryu, de Shito-ryu, de Shotokan, il existe aujourd’hui un point commun à la pratique des kata ; c’est une tendance à l’institutionnalisation de la forme qui tend à rendre les gestes plus rigides, à les conformer précisément au même modèle. Nous retrouvons, dans l’organisation de chacun des styles ou écoles de karaté, la même tendance unificatrice, celle-ci au-delà de la mise en oeuvre des kata s’étend à l’ensemble de l’entraînement. Cette tendance tient à deux raisons principales : la recherche de critères de jugements aisément appréciables pour l’arbitre ou le spectateur et la facilité d’un enseignement en groupes nombreux. Si les kata sont enseignés et pratiqués ainsi, l’amélioration apportée aux gestes d’un kata n’a pas d’importance car la différence ne porte que sur la carapace.